Avant d'exposer en détail la manière dont il faut s'y prendre pour cultiver avec succès les plantes potagères, je crois utile de donner quelques notions sur le choix et l'emplacement du potager.
Lorsqu'on trouve un jardin tout établi, on n'a pas à s'occuper de ce choix: il suffit, dans ce cas, de l'améliorer par les cultures successives. Mais, lorsqu'il n'en existe pas, il faut l'établir dans des conditions qui vous permettent d'obtenir, en toutes saisons, les meilleurs produits possible de l'horticulture maraîchère; c'est donc à ce dernier point de vue qu'il faut envisager la, création d'un jardin potager.
On croit généralement que la culture maraîchère est très-exigente sur la nature du sol: c'est une erreur. Il n'y a pas, à proprement parler, de sol absolument impropre à la culture maraîchère. Du moment que le terrain a assez de profondeur pour que les racines des plantes y soient à l'aise, il ne faut désespérer de rien.
Quoi qu'il en soit, vous prendrez de préférence une terre franche dont la couche végétale ait une certaine profondeur, reposant sur un sous-sol d'argile douce, perméable; ou à défaut d'argile, un sous-sol de sable. Dans ce dernier, bien cultivé, les produits seront tout aussi beaux, mais il faudra multiplier les arrossements pendant l'été, attendu que cette terre conserve moins bien son humidité.
La culture devient plus difficile au début et demande un peu plus de soins et de sacrifices, lorsqu'au lieu d'une terre franche, épaisse, on a affaire à un terrain sablonneux ou calcaire, qui repose sur un sous-sol d'argile imperméable. Pendant la période d'été, les terres de cette nature se dessèchent promptement et la végétation y est languissante; pendant l'hiver et le printemps, l'eau survenue en grande abondance, par suite des pluies et de la fonte des neiges, reste stagnante sur le sous-sol. L'humidité, ne pouvant se dégager à cause de l'imperméabilité du terrain, rend le travail impossible et au printemps, on éprouve, par conséquent, un grand retard: ce serait donc peines perdues que d'y essayer la culture printanière des légumes. Dans un sous-sol de cette nature, il ne faut pas hésiter à recourir à
Le jardin potager, quoique indispensable dans une exploitation rurale, n'offre pas toujours ce qu'on appelle un aspect pittoresque. Aussi, Messieurs les architectes. qui sacrifient souvent l'utile à l'agréable, le relèguent-ils dans un coin éloigné de l'habitation, peu aéré, ou ombragé par des plantations avoisinantes, et tout cela dans le but de le soustraire aux regards. Cette manière de procéder a de grands inconvénients: le jardinier, malgré tout son savoir-faire, est souvent en butte aux reproches de ses maîtres, parce qu'il ne produit pas toujours des légumes tendres et savoureux; d'un autre côté, on devrait toujours faire en sorte que le jardin ne soit pas trop éloigné de la cuisine, car, très-souvent, on a besoin de petites choses auxquelles on n'a pas songé en donnant des ordres à la personne chargée de la cueillette des lé-
Si vous voulez obtenir des résultats très-satisfaisants du jardin potager, créez-le dans les conditions suivantes:
Fermez donc le potager du côté du nord et de l'ouest par des plantations hautes futaies, mais assez éloignées du jardin pour éviter l'ombrage et intercepter la circulation de l'air; à défaut de plantations, abritez-le au moyen d'abris artificiels. Ce jardin sera d'une précocité remarquable, s'il est ouvert au midi et au levant, parce qu'il sera à la fois abrité des froids et exposé, en plein, aux rayons du soleil.
A défaut de l'un et de l'autre, il ne reste d'autres ressources, que d'établir, au milieu du jardin, un puits assez grand pour pourvoir au besoin des arrosements. On amènera ces eaux à la surface, soit au moyen d'un manége ou d'une pompe; elles seront déversées dans un bassin construit à proximité du puits; là, elles pourront séjourner quelque temps, afin de se mettre en équilibre avec la température de l'atmosphère.
Si le jardin a une grande étendue, on placera dans les chemins des conduits souterrains partant du basin et aboutissant à d'autres qu'on construit aux deux extrémités du jardin: de cette manière, on évite une perte de temps, souvent trop précieux pour les transports des eaux. Les fonds sont en général plus favorables à l'établissement des jardins potagers que les terrains montagneux: sur les hauteurs, les vents ont plus de prise, la terre se dessèche plus vite et la végétation y est souvent languissante; dans les fonds, le jardin est abrité et la terre conserve mieux sa fraîcheur. Il y a plus, à défaut de source superficielle, on est certain d'y rencontrer l'eau abondamment et à une petite profondeur.