Chapitre III



CHAPITRE III

Assolement, distribution des engrais et succession des cultures.

Un assolement bien compris contribue puissamment à entretenir la fertilité du jardin potager, sans excès d'engrais.

Il a pour but de donner, à chaque plante, la dose et la nature d'engrais qui lui sont propres et ce résultat s'obtient très-facilement par l'alternance des cultures, c'est-à-dire, en changeant les plantes de place tous les ans, pour ne revenir au même endroit, avec les mêmes plantes, qu'au bout de la troisième année de culture.

Pour bien faire comprendre l'assolement, je classerai les légumes en quatre catégories bien distinctes.

Dans la première, je comprendrai toutes les plantes potagères vivaces, telles que asperges, artichauts, choux-marins, les plantes d'assaisonnement, etc.

Dans la deuxième, tous les légumes à productions foliacées: tous les choux, salades, cardons, endives, céleris, épinards, etc., etc.

Dans la troisième, les légumes à racines charnues et bulbeuses, tels que carottes, panais, radis, chicorée

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sauvage, betterave, salsifis, scorsonère, oignons et pommes de terre hatives.

Et dans la quatrième, les légumes à fruits secs: les pois, les fèves de marais, les haricots, etc.

Notre jardin étant divisé, on se le rappelle, en quatre carrés égaux A, B, C, D (fig. 1), le carré A sera occupé par les plantes vivaces.

Celles-ci peuvent rester pendant plusieurs années à la méme place. Au bout d'un certain nombre d'années, lorsque la plantation s'épuise, on les porte au carré B et le carré A rentre dans l'assolement triennal.

Le carré B reçoit toutes les plantes à productions foliacées. Le carré C, les plantes à fruits secs et enfin, le carré D, les plantes à racines bulbeuses et charnues.

La deuxième année, les plantes à productions foliacées occuperont le carré C; celles à fruits secs, le carré D et celles à racines charnues, le carré B.

La troisième année, les plantes à productions foliacées occuperont le carré D, celles à fruits secs, le carré B et celles à racines charnues et bulbeuses, le carré C.

On continue ainsi successivement, de manière à ne revenir à la même place, avec les mêmes plantes, qu'à la fin de la 3e année.

L'assolement ainsi établi, j'apporterai tout le fumier à enfouir sur le carré occupé par les légumes à productions foliacées; un terreautage pour les légumes à racines charnues et bulbeuses, et pour les légumes à fruits secs, un bon cendrage, si on a des cendres à sa disposition.


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L'année suivante, on fume abondamment la partie qui n'a pas reçu de fumier l'année précédente; on terreaute la partie fumée l'année d'avant et on cendre la partie terreautée l'année précédente et ainsi de suite, sans interruption.

On voit, par ce qui précède, qu'un tiers du jardin seulement est fumé tous les ans; mais le carré que l'on engraisse devra l'être abondamment, afin qu'a-près la récolte des premiers produits, la terre contienne une abondante quantité d'humus pour les racines, et après celle-ci, une terre assez substantielle, pour la culture des légumes à fruits secs.

Pour, un assolement triennal, il faut deux et demi à trois mètres cubes de fumier par are. Mais on ne doit pas, comme on le fait généralement, enfouir tout ce fumier au moment du labour; non, ici il y a une grande réforme à faire: n'enterrez que les deux tiers du fumier et l'autre tiers, vous le réserverez pour les paillis et les terrautages. Les effets produits sur la végétation par ces deux dernières opérations, auxquelles, malheureusement, on ne recourt pas assez dans notre pays sont, incontestables.

Cette manière de distribuer les engrais semblera très-étrange à tous ceux qui répandent annuellement, sur toute la surface du jardin, la même quantité de fumier que nous mettons dans un seul carré. Ils ignorent que les besoins de ces trois catégories de légumes sont tout-à-fait différents; que les unes demandent beaucoup d'engrais pour prendre un prompt accroissement et donner de beaux produits, tendres et succulents; que les autres veulent une terre très-riche

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en humus, mais redoutent les fumures fraîches et qu'enfin les légumes à fruits secs exigent une terre plus ou moins épuisée d'engrais, mais renfermant beaucoup de potasse.

Avec les fumures générales, on donne trop peu d'engrais à l'un et trop à l'autre. On emploie autant et peut-être plus d'engrais que moi et quel résultat obtient-on?

Les légumes à productions foliacées poussent lentement, sont moins tendres, occupent plus longtemps le terrain et ne produisent pas autant, par suite du manque d'engrais; les racines sont très-petites et souvent fourchues et pour les légumes à fruits secs, on obtient beaucoup de fanes, mais peu de graines. Voilà le résultat d'une distribution d'engrais mal combinée; on est souvent surpris de voir des plantes qui languissent et de récolter des produits très-médiocres; on en ignore la cause, et bien! le mal gît presque toujours dans la manière routinière de distribuer les engrais.

Notre assolement a l'avantage d'être excessivement facile, de donner à la terre les engrais les plus favorables, selon la nature des plantes qu'elle reçoit, sans augmenter les dépenses d'engrais, de ne revenir que tous les trois ans avec la même culture, dans le même carré, et de régulariser ainsi la fertilité de toutes les parties du jardin.

Le carré occupé par les légumes à fruits secs recevra, après la récolte de ces derniers, une demi fumure ou un arrosement abondant d'engrais liquide, et on l'utilisera au fur et à mesure que ces légumes disparaissent, pour

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