Chapitre II



CHAPITRE II

PLAN DU JARDIN POTAGER

Forme, étendue, clôture, distribution et plantation.

Dès que l'on aura fait choix de l'emplacement, on procèdera à l'aménagement et à la distribution du jardin. Ceci n'offre aucune difficulté, mais on ne doit pas perdre de vue que le potager n'est pas un jardin de luxe et de promenade et qu'il doit être aménagé et distribué dans le but de faciliter le service: il n'est donc pas question d'y tracer des courbes, mais seulement des chemins droits et parallèles.

Quelle est la forme qu'il convient de donner au jardin potager?

La forme oblongue ou carrée est certainement la plus convenable; aussi, je la recommande particulièrement. Mais quelle que soit la forme qu'on lui donne, il est indispensable d'établir, tout près, dans un coin dérobé à la vue par des plantations:

  1. Une petite cour pour la préparation des fumiers, terreaux et paillis; fig. l, H et I.

    Fig. 1. Jardin potager pour les cultures de pleine terre.

    75 mètres de long sur 50 de large.


    Fig. 2. Jardin potager pour la culture de pleine terre et la culture forcée.

    A. Bassin.

    B C D E. Carrés pour la culture des légumes.

    F. Chemins principaux, 2 mètres.

    G. Chemins de ceinture. 1 m.

    H. Costières longeant le mur de clôture, 1 m. 75 c.

    I. Plates-bandes pour la culture des arbres fruitiers, 1 m

    J. Sentiers séparant les plates-bandes des grands carrés, Om 50.

    K. Ados, 1m 50.

    L. Bâche à forcer les légumes, 2 m. 25.

    M. Serre à forcer les arbres fruitiers, 2 m. 75 c.


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    75 mètres de long sur 30 de large.


    Fig. 3. Jardin potager ayant moins de 30 mètres de largeur.

    A. Bassin.

    D. Chemins, largeur 1 m. 50.

    E. Plates-bandes de 1 m. de largeur pour la culture des arbres fruitiers.

    F. Sentiers séparant les plates-bandes des grands carrés, larg., Om.50.

    G. Costières longeant le mur de clôture, largeur, 1 m.75.

    K. Ados, largeur 1 m. 50.



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  2. Un hangar assez vaste, dans lequel on mettra tous les outils, les châssis, les cloches, les paillassons, les perches, etc. Ce sont là deux points qui, quoique souvent oubliés, ont une grande importance, car dans le cas où ces appendices n'existent pas, nous voyons dans tous les coins, des tas de fumier provenant des débris des légumes, des outils, des pailles, etc., et tout cela nuit beaucoup au coup-d'œil et à la propreté du jardin.

Le jardin potager doit être créé dans de justes proportions: trop petit, il ne suffit pas aux besoins du ménage; trop grand, il demande beaucoup d'engrais et de main-d'œuvre, et ce qui est plus, il est souvent mal soigné et les produits sont très-médiocres.

L'étendue du jardin doit être calculée sur le nombre des personnes composant le ménage; un are de terre par personne est un espace suffisant pour le potager bourgeois; celui des grands propriétaires, dans les maisons de campagne, par exemple, et où on ne se contente pas d'un légume par jour, peut avoir deux ares de terre par personne. J'insiste sur ce chiffre, parce qu'on peut avoir ample provision toute l'année, si l'on veut appliquer aux cultures le mode que je tâcherai d'expliquer dans ce traité.

Le potager doit être clos, afin de le mettre hors des atteintes du gibier; la meilleure des clôtures est un mur; malheureusement, elle est assez dispendieuse et on recule souvent devant les frais d'établissement; cependant, l'intérêt du capital employé pour la construction des murs est largement payé par la production des fruits qu'on y cultive en espalier.


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Je n'entrerai pas dans des détails pour ce qui concerne les espèces à cultiver à chaque exposition; ceci appartient au domaine de l'arboriculture.

Afin de faciliter l'assolement, nous diviserons le jardin en quatre carrés d'égale grandeur et au centre nous établirons un bassin A, fig. l.

On commence donc par diviser le terrain en quatre parties égales, au moyen de deux allées principales B, qui se croisent et aboutissent à une allée de ceinture C. La largeur a donner à ces chemins est variable, parce qu'elle est souvent subordonnée à l'étendue du jardin: seulement, il serait à désirer, pour faciliter le service, que ces chemins n'eussent jamais moins de 2 mètres de largeur; cependant, dans le cas où les surfaces sont restreintes, on est forcé de les rétrécir afin de gagner du terrain et de maintenir les proportions.

L'allée de ceinture doit occuper la limite extrême du jardin, toutes les fois qu'une haie vive lui sert de clôture, parce que cette haie est le refuge d'insectes, chenilles, limaces, etc., qui rongent les plantes trop rapprochées.

Quand le potager est clôturé par un mur, on réserve une plate-bande ou costière D, de 1m, 75 de largeur, entre la clôture et l'allée de ceinture; c'est dans celle-ci qu'on cultive les espaliers et que le jardinier récolte ses premiers légumes de pleine terre au printemps.

Une fois les allées tracées, on divise le restant en plates-bandes E et en carrés F, pour la culture des légumes. Les plates-bandes E qui longent les allées,

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varient également de largeur, d'après l'étendue du jardin; elles peuvent avoir de 0m,80 à 1m,50 de largeur. La bordure de ces plates-bandes est, selon le pays et les goûts, occupée soit par un cordon de pommiers, ou par un semis, sur deux lignes, de persil nain frisé, suffisamment espacées et entre lesquelles on sème une rangée de betterave rouge foncé, à salade. Cette bordure est à la fois ornementale et utile de thym, d'oseille, de pois nains, de laitues ou de tout autre légume nain.

Parfois ces bordures sont faites avec du gazon d'Espagne, du buis, des Iris ou d'autres fleurs. Pour ma part, je n'admets pas la culture des fleurs dans un potager: il ne nous manque pas de plantes potagères qui forment des bordures aussi belles que les plantes ornementales. Ces plates-bandes seront séparées des grands carrés par un sentier G de 0m, 50 de largeur; les grands carrés F sont divisés en planches parallèles, allant autant que possible du nord au sud.

Il est parfois assez difficile de donner un spécimen de plan convenable; pour parer à cette difficulté, je donne ici trois plans différents: le 1er, fig. 1, pour un Jardin oblongue et exclusivement pour les cultures de pleine terre; le second, fig. 2, pour culture de pleine terre, forceries et primeurs et le troisième, fig. 3, pour un emplacement ayant moins de 30 mètres de largeur.

Je terminerai ce chapitre en appelant l'attention de mes lecteurs sur le mode vicieux de plantation des arbres fruitiers dans nos jardins potagers.

Que voyons-nous dans beaucoup de jardins? Une

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masse d'arbres fruitiers à hautes tiges, occupant les grands carrés; dans les plates-bandes, des pyramides greffées sur francs, prenant un développement démesuré, des framboisiers, des groseilliers, et au milieu de cette masse de plantes, quelques fleurs étiolées et des légumes rachitiques. Voilà la situation de la plupart de nos jardins potagers; on y récolte peu de fruits et quelques légumes de mauvaise qualité. La cause de ce mauvais résultat n'est pas bien difficile à, expliquer: les légumes exigent une grande somme d'air et de lumière pour accomplir leur végétation; or, lorsque le potager est planté d'arbres à grandes formes, leur ombre nuit considérablement aux légumes, et ceux-ci, privés d'air et de lumière, poussent en hauteur, donnent des tiges étiolées, enfin produisent peu. Quant aux arbres fruitiers, on n'en obtient pas de résultats plus satisfaisants: les fumures abondantes et les arrosements fréquents, donnés aux légumes, font pousser les arbres avec une vigueur extraordinaire et on est obligé, au bout de quelques années, de leur donner une taille très-sévère pour restreindre leur développement, parce qu'ils interceptent le passage. Ces arbres poussent souvent des productions gourmandes au détriment de la fructification, et meurent sans avoir donné beaucoup de fruits.

On conclura peut-être de ceci que le jardin potager doit être exclusivement destiné à la culture des légumes et qu'on doit réserver un autre carré pour la culture des arbres fruitiers; je n'y vois aucun inconvénient, lorsqu'on a le terrain à sa disposition et

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qu'on est amateur de varier les formes des arbres fruitiers: mais, comme il est souvent d'usage de faire un jardin mixte où l'on cultive à la fois les fruits et les légumes, je vais vous indiquer un mode de plantation qui peut obvier à tous les inconvénients signalés et au moyen duquel vous pourrez à la fois récolter de bons fruits et de beaux légumes.

Ne plantez jamais d'arbres dans les grandes divisions du jardin, mais dans les plates-bandes. En longeant les allées principales, vous pourrez les utiliser avantageusement à la culture des arbres fruitiers; seulement, au lieu de cultiver de grandes formes produisant beaucoup d'ombre, telles que le haut-vent et la pyramide, vous n'admettrez dans le potager que des formes restreintes, telles que le cordon oblique cultivé en contre-espalier pour le poirier, les vases et les bordures des cordons horizontaux pour les pommiers.

Vous ferez un choix des variétés fertiles, et, au bout de 3 ou 4 ans, vous obtiendrez une grande quantité de beaux et bons fruits sur un petit espace. Ces contre-espaliers de cordons obliques sont, en outre, d'un entretien extrêmement facile, et au lieu de nuire par leur ombrage, ils serviront de brise-vent, c'est-à-dire, qu'ils empêcheront les courants d'air, ce qui est très-avantageux pour les légumes.


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